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L’HORLOGE DES AUTRES N’EST PAS LA TIENNE

Tu n’étais pas en retard avant de regarder les autres : quand la comparaison dérègle ton horloge

Femme africaine restant concentrée sur son chemin tandis que les autres avancent autour d’elle

Tu prends ton téléphone pour quelques minutes.

Une femme que tu connais annonce ses fiançailles. Tu souris. Tu continues à faire défiler.

Une autre partage les photos du lancement de son entreprise. Plus bas, une ancienne camarade célèbre une promotion. Une autre publie quelques images de sa famille. Quelqu’un annonce l’achat de sa première maison.

Tu refermes l’application.

Rien n’a changé dans ta vie au cours de ces quelques minutes.

Ton âge est le même.

Tes projets sont les mêmes.

Ta situation est la même.

Ce que Dieu t’a confié n’a pas changé.

Et pourtant, quelque chose a changé dans la manière dont tu regardes ta vie.

Une pensée s’est installée :

« Je devrais être plus loin que ça. »

Quelques minutes auparavant, tu pensais peut-être à ce que tu avais à faire aujourd’hui. Maintenant, tu regardes ton parcours comme s’il fallait rattraper quelque chose.

Et si ton sentiment d’être en retard ne venait pas toujours de ta vie, mais parfois de l’horloge avec laquelle tu as commencé à la mesurer ?

Et si ton sentiment d’être en retard ne venait pas de ta vie, mais de l’horloge avec laquelle tu la mesures ?

JE REGARDE
→ JE COMPARE
→ J’ADOPTE UNE NORME
→ LA NORME DEVIENT UNE ÉCHÉANCE
→ JE ME SENS EN RETARD
→ JE COMMENCE À ACCÉLÉRER

Le retard est parfois une sensation avant d’être une réalité

Il est important de ne pas tomber dans un discours confortable qui consisterait à répéter :

« Tu n’es pas en retard. Chacun avance à son rythme. »

Parfois, nous avons réellement besoin d’avancer.

Il y a des décisions que nous repoussons. Des responsabilités que nous évitons. Des projets que nous n’osons pas commencer. Des choses que nous savons devoir faire mais que nous reportons depuis longtemps.

Nous en avons parlé dans l’article précédent sur l’attente qui devient une cachette.

Mais il existe aussi autre chose : le sentiment d’être en retard simplement parce que quelqu’un d’autre est arrivé quelque part avant nous.

C’est très différent.

Tu pouvais être relativement en paix avec ton célibat jusqu’à l’annonce du troisième mariage de ton entourage.

Tu pouvais avancer tranquillement dans ton projet jusqu’à voir quelqu’un lancer le sien.

Tu pouvais être reconnaissante pour ton travail jusqu’à découvrir la promotion d’une ancienne camarade.

Tu pouvais apprécier les progrès accomplis cette année jusqu’à voir ce qu’une autre personne semble avoir accompli pendant la même période.

Ta situation n’a pas changé.

Ton point de comparaison, lui, a changé.

Avant de conclure que tu es en retard, il peut donc être utile de poser deux questions très simples :

En retard par rapport à quoi ?

Et surtout, par rapport à qui ?

Qui a réglé ton horloge ?

Nous portons parfois en nous des calendriers que nous n’avons jamais consciemment choisis.

À tel âge, je devrais être mariée.

À tel âge, je devrais avoir des enfants.

À tel âge, ma carrière devrait être stable.

À tel âge, je devrais gagner telle somme.

À ce stade de ma vie, mon entreprise devrait déjà fonctionner.

Je devrais déjà avoir trouvé ma voie.

Je devrais être plus avancée dans mon ministère.

Je devrais avoir acheté quelque chose.

Construit quelque chose.

Accompli quelque chose.

Certaines de ces aspirations peuvent être parfaitement légitimes.

Désirer se marier n’est pas un problème. Vouloir devenir mère, développer une entreprise, progresser professionnellement, servir Dieu, améliorer sa situation financière ou accomplir un projet ne l’est pas non plus.

La difficulté commence lorsque nous ajoutons silencieusement une échéance à ces aspirations :

« Cela aurait déjà dû arriver. »

Alors une question mérite d’être posée :

Qui a fixé cette date ?

Ta famille ?

Ton entourage ?

Les habitudes de ton milieu ?

Les réseaux sociaux ?

Une comparaison répétée avec des personnes du même âge ?

Une ancienne projection que tu avais faite de ta vie ?

Ou Dieu t’a-t-il réellement demandé d’atteindre cette étape dans ce délai précis ?

Nous pouvons vivre pendant des années sous la pression d’un calendrier que personne ne nous a officiellement imposé.

Et parfois, ce calendrier devient tellement familier que nous finissons par le confondre avec une vérité.

Tu compares peut-être ton chapitre 3 à son chapitre 10

La comparaison possède une autre faiblesse : elle compare rarement des informations équivalentes.

Tu connais tes hésitations.

Tes erreurs.

Tes retards.

Tes portes fermées.

Les mois pendant lesquels rien ne semble bouger.

Les prières auxquelles tu n’as pas encore vu de réponse.

Les projets abandonnés puis repris.

Les difficultés financières dont personne ne sait rien.

Les jours où tu doutes.

Bref, tu connais les coulisses complètes de ta vie.

Mais lorsque tu regardes quelqu’un d’autre, tu vois souvent un résultat.

Tu vois le lancement de l’entreprise, pas nécessairement les années qui l’ont précédé.

Tu vois le mariage, mais tu ne connais pas toute l’histoire du couple.

Tu vois la promotion, mais pas forcément les sacrifices, les refus ou les années d’apprentissage.

Tu vois une personne exercer son ministère avec assurance, mais tu ignores peut-être les longues saisons pendant lesquelles elle a servi sans être remarquée.

Tu vois son chapitre 10.

Et avec toutes les informations dont tu disposes sur tes propres difficultés, tu conclus que ton chapitre 3 devrait lui ressembler.

Cette comparaison est déséquilibrée dès le départ.

Et si tu comparais ta vie entière aux meilleurs moments des autres ?

Les réseaux sociaux ajoutent une particularité supplémentaire.

Tu ne te compares pas forcément à une seule personne.

Tu peux regarder :
celle qui vient de se marier,
celle qui vient d’avoir un enfant,
celle dont l’entreprise grandit,
celle qui voyage,
celle qui vient d’acheter sa maison,
celle qui semble épanouie dans son ministère,
celle qui vient d’obtenir une promotion,
celle qui semble avoir trouvé son équilibre.

Puis, presque inconsciemment, ton esprit rassemble toutes ces réussites.

Et il fabrique une femme imaginaire.

Elle a le mariage de l’une, la carrière de l’autre, la maison d’une troisième, la visibilité d’une quatrième, les finances d’une cinquième et l’assurance d’une sixième.

Ensuite, tu compares ta seule vie réelle à cette vie idéale construite à partir des meilleurs moments de plusieurs personnes.

Comment pourrais-tu gagner cette comparaison ?

Tu compares parfois tes journées ordinaires à une succession d’annonces extraordinaires.

Tes coulisses à leurs moments publiables.

Ton processus à leurs résultats visibles.

Et progressivement, une vie qui avait encore du sens commence à te sembler insuffisante.

Quand Pierre a regardé le parcours de Jean

Cette tendance à regarder le chemin de l’autre n’est pas nouvelle.

Dans Jean 21, Jésus vient d’avoir un échange profondément personnel avec Pierre. Il lui parle de son propre chemin et termine en l’appelant à le suivre.

Puis Pierre se retourne et voit Jean.

Sa réaction est étonnamment humaine.

Il veut savoir :

Et lui ?

Que va-t-il lui arriver ?

Dans Jean 21:21-22, Pierre interroge Jésus sur le parcours de l’autre disciple. Mais Jésus ne lui remet pas le calendrier de Jean pour l’aider à comprendre le sien.

Il le ramène à sa propre responsabilité :

Toi, suis-moi.

« En le voyant, Pierre dit à Jésus: Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il? Jésus lui dit: Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? Toi, suis-moi. »
Jean 21:21-22 — Louis Segond 1910

Cette scène contient une leçon précieuse.

Le parcours d’une autre personne peut t’inspirer.

Il peut te montrer ce qui est possible.

Il peut même t’enseigner quelque chose.

Mais il ne peut pas automatiquement devenir la mesure de ton obéissance.

Pierre avait quelque chose à vivre avec Dieu.

Jean avait son propre parcours.

Et connaître l’avenir de Jean n’aurait pas rendu Pierre plus fidèle à ce que Jésus venait de lui demander.

Nous faisons pourtant parfois exactement cela.

Au lieu de demander :

« Seigneur, qu’est-ce que tu me demandes ? »

nous regardons autour de nous :

« Pourquoi elle maintenant ? Pourquoi pas moi ? Comment a-t-elle déjà réussi cela ? Où devrais-je en être, moi ? »

Et pendant que nous observons le chemin de l’autre, nous risquons de perdre de vue le prochain pas qui se trouve devant nous.

La comparaison ne fait pas que décourager : elle peut te faire accélérer

C’est peut-être l’un de ses effets les plus dangereux.

Nous pensons souvent que la comparaison produit seulement de la tristesse, de la jalousie ou un manque de confiance.

Mais elle peut aussi modifier nos décisions.

Lorsqu’une femme commence à croire qu’elle est en retard, elle peut ressentir une urgence qui n’existait pas auparavant.

Il faut se marier rapidement.

Il faut lancer maintenant.

Il faut gagner davantage.

Il faut devenir visible.

Il faut saisir cette opportunité.

Il faut prouver que l’on avance.

Il faut rattraper les autres.

Et lorsque tu crois être en retard, tout ce qui ressemble à un raccourci peut commencer à ressembler à une opportunité.

C’est ainsi que la peur du retard peut nous pousser à accélérer des décisions qui auraient mérité du discernement.

Accepter une relation parce que l’on ne veut plus être « la dernière ».

Lancer un projet principalement parce que quelqu’un d’autre vient de réussir.

Investir sous l’effet de l’urgence.

Dire oui à une opportunité qui ne correspond pas réellement à notre direction.

Abandonner un processus lent mais solide parce qu’il ne produit pas encore de résultats visibles.

Le problème n’est alors plus seulement la comparaison.

La comparaison commence à conduire.

Et une question devient essentielle :

Est-ce que j’avance parce que c’est le bon pas… ou parce que j’ai peur que les autres prennent trop d’avance ?

Tu n’as pas besoin de diminuer la réussite des autres

Sortir de la comparaison ne signifie pas minimiser ce que les autres accomplissent.

Tu peux sincèrement célébrer une femme qui se marie sans transformer son mariage en verdict sur ton célibat.

Tu peux admirer une entrepreneure sans conclure que ton projet est trop lent.

Tu peux féliciter quelqu’un pour sa promotion sans remettre immédiatement toute ta carrière en question.

Tu peux regarder quelqu’un rayonner dans son appel sans considérer sa visibilité comme la preuve de ton insignifiance.

La réussite de l’autre n’a pas besoin de devenir la preuve de ton échec.

Elle peut rester ce qu’elle est :

une bonne chose qui arrive dans la vie de quelqu’un d’autre.

Et peut-être qu’une véritable liberté commence lorsque nous pouvons dire :

« Je suis heureuse pour toi »

sans ajouter intérieurement :

« Qu’est-ce que cela dit de moi ? »

Reviens à ce qui t’est demandé aujourd’hui

Il ne s’agit donc pas de fermer les yeux sur ta vie.

Certaines choses ont peut-être réellement besoin de changer.

Une décision doit peut-être être prise.

Un projet mérite peut-être enfin d’être commencé.

Une habitude doit peut-être être abandonnée.

Une conversation doit peut-être avoir lieu.

Un premier pas t’attend peut-être depuis longtemps.

Mais tu discerneras beaucoup mieux ce pas lorsque tu arrêteras d’essayer de rattraper une ligne d’arrivée dessinée par la vie des autres.

La question n’est pas seulement :

« Où devrais-je déjà en être ? »

Elle pourrait devenir :

« Qu’est-ce que Dieu me demande maintenant ? »

Cette question ne supprime pas la responsabilité.

Au contraire.

Elle retire simplement de tes épaules la responsabilité de vivre la vie de tout le monde en même temps.

Ton temps de réflexion cette semaine

Prends quelques minutes, idéalement avec un carnet, et réponds sans chercher à donner les « bonnes » réponses.

1. Dans quel domaine de ma vie est-ce que je me sens actuellement en retard ?
Mariage ? Maternité ? Travail ? Finances ? Entreprise ? Ministère ? Projet personnel ? Autre chose ?

2. Par rapport à qui ou à quelle norme ai-je conclu que j’étais en retard ?
Essaie d’identifier quelque chose de précis.

3. Qui a fixé l’échéance que je pense devoir respecter ?
Est-elle réellement fondée ou l’as-tu progressivement adoptée en regardant les autres ?

4. Qu’est-ce que cette impression de retard me pousse à accélérer ?
Observe particulièrement les décisions que tu serais tentée de prendre sous pression.

5. Si je cessais pendant un instant de regarder l’horloge des autres, qu’est-ce qui mériterait réellement mon attention aujourd’hui ?
Ne cherche pas toute la réponse pour les cinq prochaines années. Cherche ce qui demande ton attention maintenant.

Ton chemin n’a pas besoin de ressembler au leur pour avoir du sens

Peut-être que certaines choses dans ta vie demandent effectivement une décision, du courage ou un premier pas.

Mais avant de courir, assure-toi au moins d’une chose :

que tu ne cours pas simplement parce que quelqu’un d’autre semble être arrivé avant toi.

Tu n’as pas besoin de ralentir pour être différente.

Tu n’as pas besoin non plus d’accélérer pour prouver quelque chose.

Tu as besoin de discerner.

Le parcours d’une autre femme peut t’inspirer. Il peut élargir ta vision de ce qui est possible. Il peut même t’encourager à sortir d’une attente devenue confortable.

Mais son horloge ne peut pas te dire ce que Dieu te demande aujourd’hui.

Pierre voulait savoir ce qu’il adviendrait de Jean.

Jésus l’a ramené à son propre chemin.

Et peut-être que nous avons parfois besoin du même recentrage.

Moins de :

« Où en sont les autres ? »

Moins de :

« Où devrais-je déjà en être ? »

Et davantage de :

« Seigneur, qu’est-ce que tu me demandes dans la saison où je suis ? »

C’est précisément cette question que nous approfondirons dans le prochain article : comment reconnaître sa saison et avancer sans vivre sous l’horloge des autres.

À propos de l’auteure

Laurine W. WERME épouse ILBOUDO

Auteure ECLORAY

Laurine W. WERME épouse ILBOUDO est auteure chez ECLORAY. À travers ses écrits, elle accompagne les femmes dans un cheminement de foi, de guérison intérieure, de redécouverte de leur identité et de mise en mouvement vers ce que Dieu a placé en elles.

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